Economie circulaire : vers moins de transports… ou transporter mieux ?

Télécharger l’article

L’économie linéaire qui consiste à prélever, fabriquer, consommer et jeter ayant atteint ses limites, il faut trouver de nouveaux modèles de développement. L’économie circulaire appelle à repenser notre mode de production et de consommation, en réutilisant les biens, les matières et les flux d’énergie, avec pour objectif de minimiser au maximum les pertes et le gaspillage. L’économie circulaire, outre de nouvelles opportunités pour la filière logistique, implique également de repenser les schémas actuels de supply-chain, et fournit par ailleurs de nouveaux outils à la logistique. Restent des freins juridiques à lever…

La prise de conscience de l’impact environnemental de l’activité humaine amène à de nouvelles exigences en termes de développement durable, qui influencent particulièrement la logistique. Elles se traduisent par des contraintes (véhicules moins polluants mais plus coûteux), mais aussi des opportunités (économies engendrées par l’éco-conduite).
La raréfaction des ressources, entrainant tendanciellement une hausse des coûts de transport, impacte d’ores et déjà la filière. Comme le souligne Jacques Colin* du CRET-LOG (AMU) on note aujourd’hui une réduction de la consommation de transport « quantitatif », touché par les contraintes environnementales et énergétiques (et ce,  malgré un usage croissant de modes moins consommateurs d’énergie que la route). Cependant, dans le même  temps, il y a globalement une augmentation du transport dit « qualitatif ». Les flux tendus en sont un exemple :  ils multiplient les livraisons, plus qu’ils ne diminuent les flux retours en permettant aux magasins de mieux ajuster leurs stocks au plus près de la demande.
Dans ce contexte, l’économie circulaire est sans aucun doute une opportunité pour la filière logistique, tout en étant un défi pour le Supply-Chain management.

Repenser les chaines d’approvisionnement

Nous avons évoqué dans un article précédent les champs d’opportunité qui s’ouvrent à la filière logistique grâce aux concepts qui sous-tendent l’économie circulaire. Mais cette évolution amène également à repenser les supply-chains.
Entre autres paramètres, les économies sur les matières premières passent aussi par la récupération des différents composants d’un objet. Cette dynamique ajoute une nouvelle composante à prendre en compte dans l’organisation de la supply-chain. Ainsi Jacques Colin évoque l’exemple d’un producteur de machine à café qui intègre la réutilisation des pompes, dont la durée de vie dépasse largement celle de la machine globale. Fallait-il renvoyer ces pompes en Asie, où les machines sont manufacturées, pour faire revenir ensuite le produit final en Europe ? Finalement, l’entreprise a opté pour une relocalisation de la fabrication en Europe.
Les propos de Jacques Colin conduisent à se demander si les représentations de la logistique, en tant que science du management, ne doivent pas également évoluer. Ainsi, est-il encore pertinent de parler de flux retours pour le transport d’éléments, certes réutilisés, mais allant directement nourrir l’amont d’une chaine de production ?

Une évolution des outils logistiques

L’économie circulaire n’impactera pas seulement les services demandés à la logistique, mais également les moyens utilisés. La recherche de nouvelles sources d’énergies remplaçant les énergies fossiles influence ainsi la motorisation des véhicules. Suivant les évolutions dans la réglementation, voire même en les anticipant, de nombreuses entreprises réfléchissent déjà à l’après-pétrole. Si l’électrique gagne du terrain dans les centres villes, les véhicules fonctionnant au gaz sont privilégiés pour des tournées dépassant 100 km. Si l’électricité est produite à partir d’énergies renouvelables, et que le gaz provient de méthanisation, la boucle est alors bouclée…

Le cadre juridique : un frein à transformer en levier*

Le cadre juridique est actuellement un frein en France à l’économie circulaire. On le constate par exemple pour le passage aux carburants alternatifs (voir article sur ce sujet dans la newsletter d’avril).
Si certains pays ont adopté des lois cadres, voire inscrit le principe de l’économie circulaire dans leur constitution, comme la Chine, la France est encore relativement en retard.
Le « statut du déchet », notamment est très contraignant, bloquant de nombreux projets.
En outre, les contours et les définitions des nombreux concepts intégrés dans l’économie circulaire ne sont pas définis, et il est important de pouvoir fixer des règles stables permettant aux acteurs (surtout économique) d’avoir une visibilité. Aujourd’hui, la fiscalité semble l’outil le plus adapté pour favoriser le développement de l’économie circulaire, introduisant par exemple une TVA réduite pour les produits recyclés.
D’autres pistes sont celles de la facilitation, avec par exemple l’accélération des procédures pour des brevets s’inscrivant dans les principes d’écoconception, ou la pénalisation, inscrivant certains comportements comme des délits. Une réflexion sur le droit à l’expérimentation est également en cours : l’idée est de permettre de déroger, pour un projet donné, pour une durée déterminée et dans un certain cadre, aux règlementations et lois établies. Il est à noter que l’Union Européenne pourrait jouer un rôle moteur sur l’avancée de la législation.

*Informations recueillies lors du colloque Economie circulaire et territoires durables : quels principes et outils?, organisé par Aix-Marseille Université, le CNRS, et l’IPAG le 17 avril aux Terres de Saint-Hilaire.

Sur le même sujet:

Economie circulaire, économie de la fonctionnalité : le rôle crucial de la logistique : notre article dans le Flow n°32 (pp11-12).

Écologie industrielle, économie de la fonctionnalité, implications logistiques : notre article dans le Flow n°28
(pp26-27).

 

schema de l economie circulaire c Kedge et IEC
Schéma de l’Institut de l’Economie Circulaire.