L’espace urbain, qui rassemble une grande partie de la consommation, est aussi celui où la circulation des marchandises est la plus difficile et complexe. Dans un contexte global d’intensification des échanges entre régions, pays et continents, la logistique des grands flux a bénéficié d’innovations technologiques et organisationnelles assurant efficacité et efficience. Il n’en a pas été de même à l’échelle urbaine, plus particulièrement dans les centres-villes : la gestion des flux dans un environnement caractérisé par une forte densité démographique n’a pas encore véritablement trouvé son modèle d’organisation. Aujourd’hui, la logistique urbaine ou encore la gestion « du dernier kilomètre » constitue donc un enjeu sociopolitique et environnemental de premier plan.
Cahier thématique n°1 - Logistique urbaine ![]()
En effet, la pression foncière a rejeté les fonctions logistiques hors des zones urbaines mais le consommateur demande désormais de plus en plus de proximité. Il s’agit donc d’offrir une disponibilité optimale des produits face à une demande de plus en plus morcelée (vieillissement de la population, augmentation du nombre de familles mono-parentales) et diversifiée (boom de l’e-commerce et des livraisons à domicile). D’où une augmentation du volume et de la fréquence de livraisons de marchandises en ville qui fait craindre l’asphyxie des centres.
Il faut aussi compter avec l’importance croissante de la logistique reverse, retours des produits et sortie des déchets. Les coûts logistiques représentent en moyenne la moitié du coût de traitement des tonnages produits. Or si les tonnages de déchets ménagers en mélange envoyés en centres de stockage ont tendance à diminuer, les bons résultats obtenus en matière de tri, de recyclage et de valorisation des déchets amènent de la complexité dans une gestion des flux qui se veut de plus en plus multi-filières. Moins massifs, moins réguliers, plus diffus dans l’espace et dans le temps, en bref moins « programmables », ces flux sont de fort générateurs de transport majoritairement routiers. Une logistique « déchets » optimisée implique donc la création d’interfaces assurant à la fois la massification et le report modal de flux toujours plus diffus.
Pour répondre aux défis sociaux, environnementaux et économiques de demain, un équilibre est à trouver entre action publique et privée.
La logistique urbaine évolue à la fois sous la pression des consommateurs, qui demandent toujours plus de réactivité et des prix bas, et des gestionnaires des villes, soucieux de préserver et d’améliorer la qualité de vie des habitants.
Longtemps ce segment a été oublié dans les politiques d’aménagement du territoire. Dans un contexte de redynamisation commerciale des commerces de centre-ville et de densification urbaine, les collectivités cherchent désormais à gérer au mieux les flux de véhicules (marchandises et personnes) indispensables à la vie de la cité. Il s’agit notamment pour elles de limiter l’impact environnemental des livraisons (émission de gaz à effet de serre) et la sujétion de la voirie.
|
Enjeux d’attractivité
et économiques
|
Une logistique urbaine performante permet de dynamiser le centre ville (commerces, services, …) et de permettre aux résidents une moindre mobilité automobile
Ce seul segment logistique représente en moyenne le cinquième des coûts logistiques, soit de 2 à 3% de la valeur des produits livrés
Les villes consacrent de l’ordre de 20 à 30 % de leur budget à l’assainissement et à l’élimination des déchets
|
|
Enjeux fonctionnels
et urbanistiques
|
Une part significative dans la circulation : de 9 à 15 % de l’ensemble, ou encore de 15 à 25 % des uvp x km (unité de véhicule particulier)
La logistique urbaine « consomme » de 7 à 10 hectares pour 100 000 habitants
|
|
Enjeux environnementaux
|
De l’ordre du tiers des émissions de polluants liées au transport en ville
|
|
Enjeux sociaux
|
Si la logistique dans son ensemble représente de l’ordre de 10% des emplois, environ ¼ est rattaché à l’urbain et offre, par exemple, des débouchés intéressants à des demandeurs d’emploi peu mobiles et/ou peu qualifiés
|
La collectivité n’a véritablement que deux leviers pour mieux organiser les flux urbains de marchandises :
Pour optimiser la distribution des marchandises en zone urbaine, une solution consiste à articuler les 3 outils que constituent les plateformes logistiques en entrée de ville, des hôtels logistiques (mixant en leur sein logistique, services voire logements sur plusieurs niveaux afin de permettre une péréquation des coûts) et l’utilisation des petits espaces disponibles (de 500 à 1 000 m2) comme les parkings. Tout comme l’optimisation des transports et leur passage en mode propre, la relocalisation de plateformes logistiques près des centres-villes apparaît déterminante pour l’efficacité économique et environnementale du système de livraison du dernier kilomètre. Mais d’importants efforts peuvent aussi être menés sur l’immobilier logistique urbain afin d’améliorer la gestion de l’énergie et des rejets et diminuer la consommation d’espace.